« On m’a propulsé à la tête d’un projet dont je ne perçois pas bien le sens. «
« Le changement est permanent dans mon entreprise, et je ne parviens plus à en faire valoir le sens auprès de mon équipe. »
« Je suis soignante et j’ai choisi mon métier pour la relation au patient, mais je dois tout faire de plus en plus vite et ne vois plus le sens de tout cela. »
« J’ai beau travailler de plus en plus et avoir des journées de plus en plus pleines, mon sentiment de vide ne fait que grandir. »
En tant que coach, j’accompagne souvent des personnes qui ne trouvent plus de sens à leur carrière professionnelle, et sont en quête d’un réalignement avec leurs valeurs. Cette démarche leur demande parfois d’opérer des choix professionnels, dans un contexte de fatigue voire de fragilité… où il convient de ne rien précipiter.
Avant d’accompagner ces transitions, je veille à prendre le temps d’accueillir les émotions, et soutiens avec précaution la formulation d’objectifs progressifs et réalistes. Je m’attarde beaucoup sur les talents singuliers de mes clients (parfois sous-mobilisés ou non reconnus) et sur ce qui, dans le passé, les a motivés, fait vibrer, fait ressentir un sentiment d’efficacité.
Parmi mes lectures de 2025, celle de « Psychologie du vide existentiel » ouvrage collectif dirigé par @Jean-Luc Bernaud, professeur des universités en psychologie au CNAM, a été éclairante. Il propose dix contributions très bien documentées qui explorent les dimensions du vide existentiel, en abordant notamment par ce prisme des questions sociétales et humaines (l’incertitude existentielle dans les épreuves de santé ; l’éco-anxiété ; le sentiment de vide à la retraite…), certains impacts actuels du monde du travail (sentiment de vide professionnel ; burn-out ; chômage…), et les quêtes spirituelles contemporaines (« la boulimie existentielle des êtres, jamais rassasiée, se mue en sensation de vide et d’immense insatisfaction, sur toile de fond consumériste »).
Cette lecture a affuté ma compréhension des causes de la perte de sens, et des leviers pour le retrouver. Elle fait écho à ce que j’avais déjà apprécié dans les travaux de Viktor Frankl (logothérapie) et sa démarche pour ‘ranimer la dynamique existentielle’, le sens n’étant selon lui jamais complètement éteint (il le décrit de façon bouleversante dans son ouvrage sur son expérience des camps de concentration).
Un chapitre sur l’école viennoise d’analyse existentielle élargit le champ, s’intéressant à la fois à l’expérience subjective de l’individu et à son dialogue avec l’environnement, et formulant des propositions très pertinentes sur la motivation, et sur ce qu’est une existence accomplie. Cette approche ne s’appesantit pas sur le passé mais se concentre au contraire sur la stimulation de l’engagement, en connexion avec les valeurs de la personne.
J’ai perçu aussi dans cet ouvrage des résonances avec ce que proposent les Pratiques narratives pour reconvoquer ce qui compte pour le client, et lui redonner de la dignité. La grille des balises existentielles est notamment un outil intéressant pour faire prendre conscience au client des piliers de son existence, et se projeter dans l’avenir.
Il propose aussi des éclairages concrets sur des situations professionnelles peu décrites dans la littérature sur le travail, notamment le quotidien de petits exploitant agricoles, ou de livreurs travaillant sur des plateformes.
Ce livre et ses quelques cas pratiques représentent une inspiration intéressante pour un coach souhaitant contribuer à redonner à son client une forme de créativité dans la construction du sens et l’accompagner dans le retour à une spirale positive (si tant est qu’a été éliminée l’hypothèse d’une dépression, auquel cas il convient bien sûr de l’inviter à s’orienter vers un accompagnement thérapeutique).
Mais c’est avant tout un ouvrage de réflexion propre à intéresser, au-delà des professionnels de l’accompagnement et de la relation d’aide, tout individu s’interrogeant sur la dimension identitaire de son travail, et tout manager souhaitant prendre de la hauteur sur le sens qu’il donne à sa mission, et souhaite construire avec son équipe.
